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Une assistance en provenance du Vorarlberg offre de nouvelles perspectives à des femmes et à des jeunes
par Mgr Elmar Fischer, évêque de Feldkirch (A)
L’évêque Elmar Fischer s’est rendu avec le directeur de Caritas Peter Klinger et d’autres personnes à Guayzimy en Guadeloupe, là où les Pères Georg Nigsch et Richard Flatz exercent leurs activités. Le voyage a mené également chez Maria Meusburger à ­Imantag (Equateur). Lors de sa visite épiscopale, il a pu également voir avec Peter Klinger plusieurs projets de Caritas/Voralberg à Cuenca (Equateur).


Le monde rétrécit. Les distances peuvent être parcourues en peu de temps. La technique modifie souvent de manière brutale le rythme de vie, le monde du travail. En visant le profit, l’économie lèse les uns, avantage plus ou moins les autres. Elle a besoin d’un humanisme mesuré pour qu’elle ne devienne pas un tyran pour les uns et une idole du bonheur pour les autres. «Mission mondiale»: cette expression, au premier abord, a une connotation religieuse, mais elle a une signification humaine très large, comme nous l’avons constaté en rendant visite à nos deux prêtres diocésains.
Notre visite nous a conduits dans une contrée sauvage, sous un climat tropical humide dû à l’altitude et à la proximité de la Cordillère des Andes. Pour aller de Guayzimi à la ville de Zamora, il faut aujourd’hui une à deux heures en voiture. Il y a vingt ans, il fallait compter une demi-journée quand on ne rencontrait pas d’obstacles particuliers, un glissement de terrain ou une montée des eaux du fleuve qui ralentissaient la poursuite du chemin. Cela a nécessité des routes et des ponts qui sont, à l’heure actuelle, toujours en cours de construction. Des chemins à peine aménagés, des conditions de vie primitives, telle était la situation lorsque Richard Flatz a commencé de travailler à Guayzimy.
Des groupes internationaux vont et ­viennent dans le pays pour exploiter les ressources minières. Cela n’incite pas particulièrement à respecter l’environnement et les droits de propriété des indigènes. Là aussi, on utilise les portables et Internet, ce qui contraste avec les besoins évidents en matière d’instruction à laquelle les indigènes ont difficilement accès du fait de la pauvreté et de leur dispersion dans ce vaste pays. L’Equateur, pays en voie de développement, est caractérisé par de profonds contrastes. Les prêtres s’investissent dans de nombreux domaines.
La mondialisation se fait sentir également dans ces villages du bassin supérieur de l’Amazone situés dans la brousse. La mission que nos deux prêtres, nourris par leur foi, accomplissent dans ces villages consiste à faire en sorte que l’humanisme, que le développement vraiment durable et total ne soit pas sacrifié à la recherche du profit immédiat. Le fait qu’un homme s’occupe de ces ­villages plutôt petits (200 à 600 habitants) té­moigne d’un respect des valeurs. La construction d’une route là où auparavant le canoë, la barque ou un chemin de brousse étaient les seuls moyens d’accès, constitue un autre progrès. On construit une école afin de favoriser l’instruction qui doit permettre de maîtriser intellectuellement les nouveautés. C’est un moyen de répondre aux exigences de notre temps. Comme là-bas, la paroisse d’un prêtre compte vingt villages, voire plus, on forme des catéchistes et des bonnes sœurs prennent souvent en charge l’instruction aussi bien des adultes que des enfants.
Comme les écoles publiques ne dispensent pas d’enseignement religieux, il faut organiser deux ans de catéchisme pour préparer la première confession et la première communion et trois ans pour préparer le sacrement de la confirmation. Souvent, le prêtre est le co-initiateur de l’édification d’une maison paroissiale. Des fidèles du Vorarlberg et des prêtres ont souvent aidé à financer une église de village ou une chapelle. A travers ses expériences quotidiennes, le prêtre apprend à connaître la façon de penser et les règles de comportement des indigènes. Il apprend que les Indiens shuar ne connaissent pas la propriété privée. Ils ne connaissent que la propriété collective du sol. Cela entraîne des procédures de négociations particulières avec les représentants de groupes internationaux qui veulent exploiter les ressources minières (or et silicium). Les autochtones ne savent souvent pas argumenter. Là aussi, les prêtres sont appelés à aider les plus faibles à faire valoir leurs droits.
La médecine accomplit des prouesses admirables pour les villageois de la brousse. C’est la mère supérieure d’un couvent qui a amené le prêtre, en Guadeloupe, à construire un hôpital de jour et à attirer ici des médecins du monde entier en leur offrant logement et nourriture afin qu’ils travaillent bénévolement pour les indigènes. On a réussi à se procurer des médicaments. Notre «mission» de Bregenz a apporté son aide grâce à sa quête annuelle et à ses associations aux USA. Des spécialistes s’occupent bénévolement de la pharmacie et du laboratoire. L’Internet est un média précieux pour acheminer l’aide provenant de différents pays de la planète dans ce minivillage du «bout du monde». Il faut avoir du courage, être prêt à prendre des risques et posséder le sens de l’organisation pour assister médicalement depuis l’année 2000 environ trois mille patients par an à des coûts abordables.


Priorité à l’éducation spirituelle
Le prêtre Georg Nigsch déclare: «L’hôpital constitue une aide importante mais plus importante pour moi est l’école parce que c’est là que se forment les attitudes nécessaires à la prise de toutes les initiatives. Sans sens des responsabilités, sans esprit d’initiative et finalement sans amour et sans connaissances, tout retombe». Il est beaucoup plus facile de susciter de l’intérêt et d’obtenir de l’aide pour un projet dont les résultats sont concrets et visibles que les tâches spirituelles. Il est plus difficile de comprendre le sens de l’engagement dans le mariage, le fait que celui-ci ait besoin d’une promesse pour exister, que c’est un sacrament qui nécessite un engagement personnel. Pourtant beaucoup de choses en dépendent au niveau culturel et pour l’élaboration d’une solidarité à long terme.
Et nous? Cette idée nous amène à songer à notre pays. Les divorces et la multiplicité des communautés de vie entraînent une dimi­nution du nombre d’enfants qui est trop importante pour maintenir durablement le bien-être spirituel et matériel. Allons-nous vraiment si bien que cela pour nous permettre de négliger notre engagement spirituel?
L’engagement du prêtre Georg Nigsch et du Père Richard Flatz nous permet de comprendre ce que l’Eglise peut faire pour édifier une paroisse.
Elle apporte beaucoup d’énergie spirituelle. Quand je considère notre pays, où s’est produite une grande évolution matérielle, je me demande si c’est parce que nous allons bien que disparaît ce que réalise la foi, c’est-à-dire son apport en énergie spirituelle. Ainsi ­lorsque nous avons une fréquentation des offices religieux de 14 %, cela signifie que les messes n’apportent pas suffisamment d’énergie spirituelle. Le Père Richard a réalisé beaucoup de choses.
Sur la brochure imprimée à l’occasion de l’anniversaire de son ordination, on le voit sur un Caterpillar. Cela le caractérise tout à fait. Il a posé les fondements de la maison. Et le Père Georg a pour ainsi dire construit le premier étage. Dans son hôpital, des médecins travaillent sans honoraires; ils sont uniquement nourris et logés. Le Père Georg a dit que les murs s’écrouleraient très facilement s’il ne réussissait pas à fonder une foi solide. Aussi l’école est-elle pour lui plus importante que l’hôpital de jour car là, il travaille à ce qui élève le niveau. Je crois que dans le ­Vorarlberg, nous pouvons beaucoup apprendre des fidèles de l’Equateur. L’ardeur spirituelle marque les êtres et les rend heureux.
Ceux qui vont voir les projets de Caritas à Cuenca et environs se rendent compte que l’Eglise est toujours une promotrice de culture. Elle prend en considération le corps et l’âme des êtres. Nous avons vu des projets de boisement visant à réduire l’érosion. Nous avons vu des installations d’irrigation qui permettent aux paysans non seulement de planter du maïs et du blé pour leurs besoins personnels mais aussi différentes sortes de légumes qu’ils peuvent vendre au marché et ainsi améliorer leur revenu. Ainsi l’émigration diminue et les jeunes restent dans les villages.


Missions sociales de l’Eglise
La pauvreté, le manque d’instruction, l’impossibilité de gagner sa vie et le machisme très répandu amènent des filles mineures, parfois encore des enfants, à chercher dans la prostitution un moyen d’assurer leur existence. Les sœurs du «Bon berger», qui s’occupent également de jeunes filles incarcérées, s’efforcent, avec l’aide de femmes engagées et d’enseignantes, de faire sortir les filles de ce milieu, de les instruire dans leurs locaux et de les former à un métier tout en envisageant la situation avec leurs parents. On donne ainsi un avenir aux jeunes filles. Les femmes battues et leurs enfants trouvent un refuge dans la maison de femmes «Maria Amor». Cette initiative de la «Pastorale sociale», soutenue par Caritas Feldkirch a entamé son travail en 2004. En ce moment, 13 femmes et 29 enfants y habitent. En plus de la nourriture, elles reçoivent une assistance psychologique. Le combat quotidien contre les conséquences du machisme préoccupe les responsables. C’est une exigence humaine fondamentale que de cultiver la vie de couple et les relations familiales au milieu des réalités quotidiennes et de les rendre utiles pour la vie.
Bien sûr, on pourrait objecter que ces projets, et d’autres encore qui ne sont pas mentionnés ici, ne sont qu’une «goutte d’eau dans l’océan»; pourtant, on peut les considérer comme «des lueurs d’espoir dans ce sombre horizon» en espérant qu’une lumière s’allumera dans l’esprit de beaucoup de respon­sables et qu’elle vaincra l’obscurité. Un regard sur le monde aiguise notre regard sur notre propre pays. Ne profitons-nous pas du travail de ceux qui nous ont précédés? •
(Traduction Horizons et débats)